Faut pas rêver !!

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« Là où loge le souci, le sommeil ne s’abat jamais ».

Shakespeare, W.

à l'intérieur, accueillant, adulte 
L’écoute d’une plainte d’un patient en « mal de sommeil », nous révèle bien plus que la simple angoisse de ne pas pouvoir s’endormir ou d’être brutalement réveillé en plein sommeil. Le sommeil de par ses dimensions à la fois physiologiques et relationnelles, n’échappe pas aux changements (deuil, promotion, etc.…). C’est une nécessité physiologique du quotidien. Ses vertus sont nombreuses. De Koninck dans “Sleep, the common denominator for psychological adaptation (1997)” les résume en parlant de l’effet catalyseur du sommeil pour,  la régulation de l’humeur, la consolidation d’apprentissages et pour l’adaptation psychologique, en général. Il est ainsi, l’une des premières fonctions vitales à être perturbée lors d’un évènement de vie important. Nous ferons une petite parenthèse sur l’aspect plus que préventif du traitement des troubles du sommeil.

 

Petit, l’enfant a besoin que ces parents lui aménagent une aire transitionnelle d’endormissement (Soulé). Le moment du coucher peut en effet faire surgir des angoisses. L’aire en question est un espace intermédiaire que nous remplissons de petits rituels tels que la lecture d’une histoire, un chant, etc. pour lui permettre d’entrer dans le sommeil réparateur mais aussi source de séparation avec l’entourage. Certaines difficultés d’endormissement sont liées à la fragilité de cette aire.

 

A l’adolescence, période de grandes transformations, on observe une recrudescence des troubles du sommeil. Ils pourraient aller jusqu’à expliquer des difficultés d’ordre psychosocial.  C’est à ce moment que les parents voient apparaître chez leurs enfants des conduites qu’ils n’avaient pas vu auparavant. Ils se mettent, par exemple à écouter la radio avant de plonger dans le sommeil. Ils réaménagent ainsi l’aire que leurs parents, petits leurs avaient fabriqués. Ceci dans le meilleur des cas. Dans d’autre cas le sommeil peut représenter pour eux un véritable « abîme d’incertitude et de menace». Les insomnies en sont la conséquence. Refermons cette parenthèse faite sur les différents âges de la vie et le sommeil et revenons aux généralités.

à l'intérieur, adulte, alarme 
Le sommeil est l’une des premières fonctions vitales à être perturbée lors d’un évènement de vie important. Il existe une relation étroite entre celui-ci et certains troubles psychiatriques. Il convient de se montrer toutefois, prudent sur ce sujet, car, la question des difficultés de sommeil comme conséquence, cause, signe précurseur de la psychopathologie reste équivoque. Il y a un bon nombre de perturbations liées au sommeil mais, l’insomnie est la seule, dont les liens avec la psychopathologie sont les plus pertinents. Elle apparait souvent comme un marqueur privilégié de la vulnérabilité dépressive.

 

Des études menées autour de  la dépression nous montrent que cibler les difficultés de sommeil, peut permettre d’optimiser la généralisation des effets thérapeutiques (pharmacologiques ou psychothérapeutiques) et prévenir la rechute. Ce que nous devons retenir c’est, qu’une personne privée de sommeil, voit ses difficultés personnelles augmenter. Par voie de conséquence, ces problèmes de sommeil augmentent. C’est le début d’un cercle vicieux.

 

Le sommeil, bien que n’ayant que peu de place dans nos sociétés, est d’une importance capitale et il vaut la peine qu’on s’y attarde. Un bon sommeil, (et nous pouvons emprunter cette analogie à FREUD ‘1976, Métapsychologie) serait une reviviscence du séjour dans le corps maternel, dont il réalise certaines conditions : position de repos, chaleur et mise à l’écart de l’excitation, bien des hommes reprennent même dans le sommeil, la position corporelle du fœtus. Et il ajoute, que l’état psychique des dormeurs, se caractérise par un retrait presque total du monde environnant et par la suspension de tout intérêt pour lui.

Si le boire et le manger sont essentiels à notre vie, le sommeil l’est tout autant ou oserons-nous dire le « repos » ? A vos oreillers !!!

 

            Guylène Rioual

 

Bibliographie

  • Morin, C. M., Bélanger, L., Fortier-Brochu, E. (2006). Sommeil, insomnie et psychopathologie. Canadian Psychology, vol. 47, N°4, 245-262.
  • Pringuey, D. (1993). Sommeil et dépression. Revue de neuropsychologie, Vol. 3, N°3, 323-343.
  • Fedida, P. (1997). Pour une clinique psychanalytique du sommeil. Confrontations psychiatriques, n° 38, 107- 115.
  • Bailly, D., Bailly-Lambin, I., Querleu, D., Beuscart, R., Collinet, C. (2004). Le sommeil des adolescents et ses troubles : Une enquête en milieu scolaire. L’Encéphale, XXX, 352-359.
  • De Koninck, J., Godbout, R. (1985). Le diagnostic et le traitement des troubles du sommeil:
  • Nécessité d’une interaction médico-psychologique. Canadian Psychology, 26, 2, 148-159.
  • Marcelli, D. Braconnier, A. (2004). Psychopathologie des conduites centrées sur le corps. Adolescence et psychopathologie, 6, 163-169.
  • Marcelli, D. (2006). Psychopathologie des conduites des conduites d’endormissement et du sommeil. Enfance et psychopathologie, 4, 89-103.

Auteur :Eglise Adventiste du 7ème Jour de Paris-Sud