Pourquoi tant de religions ? (2ème partie)

Catégories : Bible,Etudes Bibliques

cathandprotINTRODUCTION

Nous rencontrons au sein même du Christianisme de nombreuses divergences théologiques. Ces différences témoignent de la difficulté d’être en accord sur le texte biblique.

 

1. HISTORIQUE

En 313, sous le règne de l’empereur Constantin 1er (appelé Constantin le Grand), des influences païennes ont pollué le message évangélique. Des siècles plus tard, en 1054, des dissensions théologiques, alliées à des luttes de pouvoir, ont amené le schisme qui a donné naissance à l’Église Orthodoxe, par le refus de la primauté de l’évêque de Rome.

Les abus et les erreurs doctrinales de l’Église Catholique Romaine par rapport à l’enseignement clair des Évangiles ont suscité la réforme de Luther en 1517. D’autres réformateurs, tels Calvin (vers 1540), ont suivi. Ce fut la naissance du protestantisme.

Bien que Catholiques, Orthodoxes et Protestants partagent le même livre saint, la Bible, la grande différence qui existe entre eux, c’est la reconnaissance par les Protestants de la Bible comme seule autorité spirituelle. Les autres mettent la tradition au-dessus de l’autorité de la Bible. Je ne peux énumérer ici les multiples exemples où cette tradition est en complète opposition aux enseignements bibliques.

Pour le Protestantisme, se défaire complètement de cette tradition n’a pas été chose facile. Et chaque fois qu’une vérité évangélique oubliée a été remise en lumière, l’inertie, pour ne pas dire l’opposition de l’église établie a entraîné l’apparition de nouvelles dénominations.

 

2. LE CHRISTIANISME ET L’EMPIRE ROMAIN

L’Empire romain laisse libre cours à la profusion de religions, mais il impose une idéologie unitaire, qui est le culte de l’empereur. Dans ce contexte syncrétiste où un nouveau culte peut s’ajouter à un autre, le Judaïsme –affirmant qu’il y a un seul Dieu, l’unique objet de l’adoration humaine– observe un monothéisme strict et bénéficie d’une reconnaissance de cette conception particulière. Les chrétiens, également monothéistes, bénéficient d’abord du même statut que les Juifs, dispensés par la loi romaine du culte de l’empereur. Mais lorsque leur appartenance à une autre religion apparaît clairement, ils se trouvent fragilisés. De la seconde moitié du Ier siècle au IIème siècle, ils subissent de la part du pouvoir impérial des persécutions ponctuelles, puis de plus en plus fréquentes et systématiques au IIIe siècle et au début du IVe siècle.

 

3. LES GRANDS COURANTS DU CHRISTIANISME

A. LE CATHOLICISME

L’Église, qui avait son centre à Rome, a retenu le terme de catholique (en grec, «universel») dès le IVe siècle, au concile de Nicée (325). Elle est dotée d’une organisation centralisée et hiérarchisée. Le pouvoir y est exercé par le pape et les conciles œcuméniques. Le pape, à Rome, constitue l’unité visible de l’Église. La médiation entre Dieu et les fidèles est assurée par les autorités religieuses, qui transmettent et gèrent le salut offert aux êtres humains dans plusieurs domaines, notamment celui de l’enseignement et celui de la distribution de la grâce. Un autre élément de médiation est la messe, conçue comme un sacrifice où se renouvelle le don de Jésus Christ sur la croix dans le sacrement de l’eucharistie. Les sacrements, au nombre de sept, nécessaires à la réception de la grâce, sont dispensés par les prêtres. Une autre médiation apparaît dans le culte de la Vierge Marie et dans celui des saints.

B. L’ORTHODOXIE

Le contenu dogmatique remonte à la formulation des premiers siècles. L’orthodoxie («l’opinion ou la foi droite», en grec) s’en tient en effet aux dogmes définis par les huit premiers conciles œcuméniques. Fidèle aux origines, elle se caractérise par une relation de collégialité entre les Églises, qui sont autocéphales et élisent leurs propres chefs. Le patriarche de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) conserve une primauté d’honneur: il convoque des conférences panorthodoxes, placées sous le signe d’interdépendance des Églises. Le mariage est autorisé pour les prêtres orthodoxes mais pas pour les moines.

C. LE PROTESTANTISME

Le terme de protestant se réfère à un événement historique: en 1529, les princes allemands favorables à la Réforme protestèrent contre l’attitude de Charles Quint, qui exigeait la soumission de tous à Rome. Le protestantisme connaît un grand morcellement ecclésiastique, conséquence de son choix en faveur de la liberté de conscience. Les Églises protestantes ont en commun leur conception de l’Église, le refus de médiations dans la gestion de la grâce, et l’affirmation de la responsabilité personnelle dans les choix éthiques. L’organisation ecclésiastique est l’affaire des communautés, qui se donnent des règles communes sur des bases démocratiques. Le culte protestant se caractérise par l’importance donnée à la parole (prédication) et par l’administration de deux sacrements: le baptême et la Cène. Les pasteurs sont mariés et, dans la quasi-totalité des Églises, les femmes ont accès aux ministères. Le face-à-face de l’homme avec Dieu supprime toutes les autres médiations, en particulier celle d’une hiérarchie et d’un clergé.

 

4. LES GRANDS PRINCIPES PROTESTANTS

A. SOLA GRATIA (« par la grâce seule »)

L’homme ne peut pas mériter son salut auprès de Dieu. Mais Dieu le lui offre gratuitement par amour. Ainsi, la valeur d’une personne ne dépend que de l’amour de Dieu. Elle ne dépend ni de ses qualités, ni de son mérite, ni de son statut social.

B. SOLA FIDE (« Seule la foi compte »)

Ce don se fait à l’occasion d’une rencontre personnelle avec Dieu, en Jésus-Christ (solo Christo, par Christ seul). C’est cela la foi, non une doctrine ou une œuvre humaine.

C. SOLA SCRIPTURA (« par l’Écriture seule »)

(A mettre en rapport avec le sacerdoce universel et l’éclairage indispensable du Saint Esprit)

Considérée comme porteuse de la parole de Dieu, la Bible est à la fois la seule autorité théologique et le seul guide, en dernière instance, pour la foi et la vie.

D. SOLI DEO GLORIA (« à Dieu seul la gloire »)

Il n’y a que Dieu qui soit sacré, divin ou absolu. Ainsi, aucune entreprise humaine ne peut prétendre avoir un caractère absolu, intangible ou universel, y compris la théologie.

E. ECCLESIA SEMPER REFORMANDA (« l’Église doit se réformer sans cesse »)

Les institutions ecclésiastiques sont des réalités humaines. Elles sont secondes. « Elles peuvent se tromper », disait Luther. Ainsi, les Églises doivent sans cesse porter un regard critique sur leur propre fonctionnement et leur propre doctrine, à partir de la Bible. En revanche, les chrétiens catholiques pensent qu’il faut être guidé par l’Église de façon claire. La certitude peut aller dans certains cas jusqu’au dogme (vérité qui ne peut être reniée), prononcée par un concile, ou par le Pape en vertu du dogme de l’«infaillibilité pontificale».

F. SACERDOCE UNIVERSEL

Luther considère comme central le principe de la Réforme protestante selon lequel chaque baptisé est « prophète, prêtre et roi » sous la seule seigneurie du Christ. Ce concept anéantit les principes de hiérarchie au sein de l’Église. Chaque baptisé a une place de valeur identique, y compris les ministres (dont les pasteurs font partie). Ces derniers ont suivi des études de théologie et sont reconnus par l’Église. Ils sont au service de la communauté pour l’annonce de la Parole de Dieu (par la prédication, les sacrements) et les missions particulières qui en découlent. Les femmes ont accès aux ministères de certaines Églises protestantes. Cela a évolué en fonction des pays et des époques.

 

5. DIFFÉRENCES ENTRE LE PROTESTANTISME ET  LE CATHOLICISME

A. DIFFÉRENCES STRUCTURELLES

Les protestants se référent uniquement à la Bible comme source de doctrine (sola scriptura). Ils récusent en particulier la tradition, autre source dogmatique admise par le catholicisme. Ils insistent sur le rôle de l’Esprit saint pour accéder à une compréhension véritable du sens du message biblique. Les protestants ne reconnaissent pas l’autorité du Pape, ni celle des cardinaux. Pour des raisons historiques, il existe une multitude de communautés protestantes non affiliées les unes aux autres. Les Églises protestantes sont organisées soit autour d’évêques parfois appelés inspecteurs ecclésiastiques (d’après le sens du mot grec episkopos), il est alors question de système épiscopalien (cas des Luthériens et des Anglicans), soit autour de conseils presbytéraux souverains, les paroisses adhérant volontairement à des unions d’Églises régies par une sorte d’assemblée générale dénommée synode, il est alors question de système presbytérien-synodal (cas des Églises réformées). Ces unions qui sont cantonnées à l’échelon national se regroupent par obédience (luthérienne, réformée, anglicane, baptiste, méthodiste, etc.) au sein de fédérations internationales qui sont en général elles-mêmes affiliées au Conseil œcuménique des Églises (COE).

B. DIFFÉRENCES CLÉRICALES

Les protestants n’accordent pas à leur clergé un rôle spécifique de prêtres. Les pasteurs sont des conseillers et des savants dont le rôle est de former les croyants, de leur indiquer la direction à suivre. Ils président le culte et administrent la Sainte-Cène. Mais, moyennant une officialisation par l’Église pour des raisons de bon ordre et de discipline, des laïcs peuvent parfaitement en faire autant, y compris la prédication moyennant formation théologique. Ainsi, l’ensemble des croyants est investi de la prêtrise. C’est la doctrine dite du sacerdoce universel, fondée notamment sur des textes de l’Epître aux Hébreux. Dans l’Église catholique, le prêtre en prononçant les paroles de l’absolution au sein de la confession accorde effectivement le pardon de Dieu. Dans l’église protestante, le pasteur se borne à rappeler au cours de la liturgie la promesse de pardon acquise « à ceux qui se repentent et qui croient ». Le reste se passe directement entre le croyant et Dieu. (Exception : les anglicans utilisent le mot prêtre, sans toutefois y mettre le sens catholique.)

C. DIFFÉRENCES CÉRÉMONIELLES ET LITURGIQUES

Comme explicité au paragraphe précédent, les protestants ne reconnaissent que deux sacrements (le baptême et l’eucharistie ou Sainte-Cène) contre sept chez les catholiques (le baptême, l’eucharistie, la confirmation, la réconciliation, le mariage, l’ordination et l’onction des malades). Certains de ces rites existent toutefois sur un mode mineur :

– la confirmation (qui se pratique environ deux ans plus tard que chez les catholiques lorsque l’enfant a développé son sens critique et sa personnalité),

– la confession des péchés (Soit collective au cours du culte. Soit personnelle dans le secret de la prière mais jamais auriculaire à la manière catholique ; les protestants n’ont donc pas de sacrement de réconciliation (le dialogue avec un prêtre) et le pasteur n’a pas le pouvoir de remettre les péchés,

– le mariage,

– l’ordination (des pasteurs luthériens) ou la reconnaissance des ministères (des pasteurs réformés) remplacent l’ordination des prêtres mais en sont très éloignées dans la forme comme dans le fondement théologique, la question de la prêtrise restant au fond la grande différence entre les conceptions catholiques et protestantes de l’Église.

D. DIFFÉRENCES THÉOLOGIQUES

La question dite de la présence réelle de Jésus lors de la Cène est particulièrement embrouillée. Les protestants ne croient pas à la transsubstantiation, doctrine catholique qui affirme la transformation physique et matérielle des deux espèces de la communion en véritable chair et en véritable sang du Christ lors de l’eucharistie. La majorité des protestants croit à la présence réelle de Jésus de manière spirituelle lors de la Cène. Le fait que l’expression présence réelle – considérée comme un tant soit peu pléonastique – ne soit guère utilisée par les Protestants ne doit pas faire croire qu’ils réduisent la Cène à un symbole. Cette position existe toutefois également mais reste minoritaire.

Les concepts de purgatoire (lieu de souffrance auquel l’Homme accède après la mort pour se racheter et se purifier de ses péchés avant d’accéder au paradis), canonisation (pratique catholique, mais aussi orthodoxe, par laquelle un homme ou une femme est reconnu comme Saint ou Sainte) et d’indulgence (à l’époque il y avait possibilité pour un catholique de verser une somme d’argent au Pape en échange du pardon de ses péchés, aujourd’hui c’est surtout le pardon donné par le Pape pour les grandes fêtes, par exemple l’Indulgence Plénière de Noël, ou dans d’autres occasions) n’existent tout simplement pas. La notion de « saint », signifiant « mis à part », s’applique depuis Luther à tous les chrétiens puisque tous sont rachetés par Jésus-Christ et de ce fait sanctifiés. Il n’existe donc pas d’élite composée de chrétiens qui seraient plus saints que les autres.

On croit souvent à tort que l’excommunication (pratique par laquelle le Pape exclut quelqu’un de l’Église et de fait l’empêche temporairement ou définitivement de recevoir des sacrements) n’existe pas chez les protestants. Mutatis mutandis, ce n’est effectivement pas le Pape qui la prononce, mais elle est théoriquement possible, soit sous l’autorité de l’évêque (organisation de l’Église selon le système épiscopalien), soit sous celle du conseil presbytéral (système presbytéro-synodal). Elle est en général tombée en désuétude sauf chez certains évangéliques, elle joue même un rôle de maintien de la cohésion des communautés Amish où l’excommunié est ipso facto mis au ban de la communauté au plan social.

Les protestants ne donnent pas une place particulière à Marie. Ils ne croient pas à son Immaculée Conception, qui ne fait pas partie des dogmes du Protestantisme. Néanmoins, ils adhèrent à la naissance virginale de Jésus. Et Marie fait partie des témoins privilégiés, au même titre que les disciples du Christ.

Les protestants ne font pas appel à des intercesseurs comme Marie et les Saints dans leurs prières. Selon eux le croyant est seul responsable devant Dieu et ne doit pas passer par des intermédiaires pour dialoguer avec Lui. Pour eux,  Jésus est le seul intermédiaire entre Dieu le Père et eux-mêmes. Ils ne croient pas à l’utilité de la pratique catholique de la confession (voir plus haut le paragraphe sur la prêtrise.) Les Pasteurs Protestants ont le droit, voire le devoir, de se marier et les femmes peuvent être Pasteur.

 

CONCLUSION

A l’issue de cette étude, nous comprenons qu’il y a de grandes différences entre les Catholiques et les Protestants. Nous constatons que l’autorité du Catholicisme repose sur la tradition alors que celle du Protestantisme puise son essence dans la Bible. Mais pourquoi, les Protestants sont-ils eux aussi divisés ?

Auteur :Pasteur Charly Réson

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